Technologies de libération

Technologies de libération ?
Le terme se répand surtout depuis le printemps arabe. La question n’est plus de savoir si Internet – en tant que réseau universel, numérique, accessible en tout point, facilitant l’émission et la reproduction des messages, l’interconnexion etc. – , contribue à la liberté de critiquer, révéler et communiquer hors frontières, ce dont on débattait dès les années 90. Mais il s’agit désormais des logiciels ou des appareils conçus pour surmonter la censure Donc des technologies destinées à combattre celles de l’État, d’interception, de filtrage, de traçage…
Là non plus, l’idée n’est pas toute neuve : dès 1991 Phil Zimmermann mettait à la disposition de tout un chacun PGP (Pretty Good Privacy) un logiciel de cryptologie censé fournir au citoyen une bonne chance de communiquer par mail sans qu’un service d’État puisse intercepter. Donc une arme anti FBI, CIA et surtout NSA. Et, sans même être un révolutionnaire professionnel, il suffit depuis plus de dix ans de visiter le site d’une association comme Reporters Sans Frontières pour apprendre des moyens simples d’anonymiser ses communications donc en théorie d’échapper à la surveillance.
Depuis, l’éventail s’est largement ouvert avec des technologies qui aident à envoyer des vidéos de manifestations (Bambuser) ou à partager des informations sur d’éventuelles fraudes électorales (Ushaidi), des logiciels de cryptologie, des proxys pour rendre ses navigations anonymes, des navigateurs pour surfer sans se faire repérer comme Peekabooty et ses successeurs, divers systèmes servant à empêcher de tracer ses connexions comme Tor, Psiphon qui crée l’équivalent d’un réseau privé virtuel pour éviter le filtrage, des sites miroirs comme ceux qu’utilise Wikileaks, Commotion qui est censé créer un système de relais en relais qui permettra d’arriver à un point d’accès à la Toile même dans une zone où Internet est censé être interrompu par les autorités. Liste partielle et qui s’enrichira demain.L’enjeu du contrôle

Il est tentant de conclure que tout cela est merveilleux et que les tyrans ne pourront plus bâillonner leurs peuples.
Mais nous ne sommes plus en présence de sympathiques bidouillages, réalisés au fond d’un garage par des Geeks obsédés par Big Brother : nous parlons de produits industriels.
Cela signifie d’une part que la lutte épée contre bouclier des technologies de libération contre les technologies de surveillance, occupant un marché qui est tout sauf négligeable, n’est pas près de se finir et qu’il y aura successivement des avancées d’un côté puis de l’autre.
Par ailleurs, parfaitement dans la ligne d’Hillary Clinton qui préconisait une aide américaine à toutes les cyberdissidences, les centres de recherche sur les technologies de libération bénéficient souvent de subventions du département d’État (ainsi : deux millions de dollars pour Commotion), de l’aide d’un certain nombre de fondations et think tanks US qui ne sont certainement pas des foyers d’anarchistes. Ainsi l’Open Technology Initiative de la New America Foundation où se côtoient responsables du Washington Post et de Google, ou, pour prendre un exemple côté républicains, la George W. Bush Institute qui soutient l’école du Département d’État « pour blogueurs révolutionnaires ». Nul n’est responsable de ses admirateurs, mais il est difficile d’imaginer qu’un tel intérêt soit désintéressé et que ne se pose pas un jour la question : qui contrôle les technologies anti-contrôle ?

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À propos de François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé sur la communication et l’intelligence économique, responsable de l'Observatoire Géostratégique de l'Information Docteur en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches, il enseigne la stratégie de l’information et l'intelligence économique notamment à l’IRIS Sup, à Polytechnique, au Celsa. Il est membre scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques et mène des recherches en médiologie parallèlement à une activité de consultant. C'est aussi un blogueur influent sur huyghe.fr Ses travaux sur les rapports entre information et conflit comportent la direction de numéros de revue (Panoramiques : "L’information c’est la guerre", Cahiers de médiologie "La scène terroriste", AGIR "Puissance et influence". Revue Internationale stratégique "Stratégies dans le cyberespace"..) et les livres : "L’ennemi à l’ère numérique" (P.U.F), le livre électronique "Ecran/ennemi", "Quatrième guerre Mondiale" (Rocher). "Comprendre le pouvoir stratégique des médias" (Eyrolles) et "Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence" (Vuibert). Également : "Terrorismes" (Gallimard 2011) Derniers livres : "Gagner les cyberconflits" (avec O. Kempf et N. Mazzucchi) Economica 2015 "Désinformation Les armes du faux" A. Colin 2016

Publié le 24 février 2012, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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