Réseaux sociaux

L’expression « réseaux sociaux » connaît un incroyable effet de mode à la fois

– pour des raisons pratiques évidentes (nous sommes des millions à « y être » et une bonne part de nos relations avec des amis ou des gens avec qui nous partageons une forme quelconque d’intérêt passe par Facebook, Twitter, Viadeo)

– pour des raisons quasi idéologiques : leurs pouvoirs sont célébrés à la fois par le monde de l’entreprise qui se dit souvent elle-même « en réseaux » (il faut avoir son community manager défendre sa e-réputation par la e-influence et faire le buzz sur le hub pour ne pas être archaïque) et par celui de la politique (les réseaux sont crédités d’avoir « fait » les révolutions arabes et l’année électorale – en France ou aux USA – sera placée sous le signe de la Web-stratégie des candidats, mais aussi de la confrontation avec les protestataires utilisant médias sociaux et self médias..). On peut donc aussi bien évoquer les réseaux sociaux avec le sérieux du manager qu’avec les accents de révolte du libertaire.

De fait les travaux sur les réseaux en tant que systèmes reliant des groupes ou des individus exerçant des interactions et pratiquant des échanges (notamment des échanges d’information) datent de l’après-guerre. Le réseau au sens quotidien (les gens sur qui l’on peut compter pour rendre un service, donner un conseil, ou apporter une forme quelconque de convivialité ou d’intérêt affectif) préexiste, bien entendu à la banalisation des technologies de l’information et de la communication.

Et la notion de réseaux (souvent opposée à celle de pyramide et de hiérarchie) est vraiment entrée dans le Zeitgeist depuis déjà quelques temps. Du reste nous vivons à « L’ère des réseaux », titre d’un livre de Robert Castells date de 1998 et Patrice de Flichy dans « L’imaginaire d’Internet » fait remonter le discours sur les petites communautés fonctionnant démocratiquement grâce à de nouveaux outils de communication des années 70 et 80. Ajoutons que les techniques sur lesquelles reposent les plates-formes des réseaux étaient déjà là potentiellement depuis les débuts d’Internet : de la « page perso » au blog, des bases de données aux sites de partage type Flickr, des forums et réseaux de développement communautaire (BBS, Free Net, Fidonet et autres) aux réseaux au sens actuel, il n’y a pas eu de changement de paradigme.Et le premier « vrai » site de réseau social au sen moderne, sixdegrees.com, au départ sorte de club assez élitiste, date de 1997.

Mais il y a eu, bien entendu, une vraie révolution des usages accompagnée de facilités technologiques : facilités d’expression ou de production (pas besoin de gros budget ou de long apprentissage) et de connexion (s’agréger à un réseau, les faire interférer, beaucoup transmettre à haut débit, trouver des interlocuteurs ou des thèmes d’intérêt, recommander, indexer, commenter, le tout depuis un simple smartphone que l’on porte en permanence, tout cela aussi est devenu enfantin).

Le réseau social en ligne se reconnaît à plusieurs pratiques :

– l’inscription (avec pseudo, anonymement ou pas suivant le site, si invité ou librement),

– le « profil » plus ou moins public et élaboré,

– les listes d’accès, d’invités, de suiveurs et de suivis, de gens autorisés à commenter, modifier, répondre, etc., le contenu, bien sûr

– et la possibilité de lier tous ces éléments (et par exemple d’étendre théoriquement à l’infini son réseau et par le partage de données et par des systèmes de recherche de contenus et de futurs correspondants). Il existe de très fortes variations dans les pratiques ainsi des réseaux où la publicité est la règle et le privé l’exception, des systèmes d’acceptation ou d’exclusion, etc.

En somme un réseau permet deux choses principales :

s’exprimer (au sens de dire et montrer quelque chose que l’on veut répandre, mais aussi présenter une image de soi dont on est censé avoir la maîtrise et qui peut être falsifiée). Cette expression peut d’ailleurs être purement commerciale : améliorer l’image de son entreprise ou de ses produits, se vendre soi même sur le marché du travail, se faire connaître des clients et prospects. Par ailleurs, le contenu de la communication peut être le réseau lui-même : on montre (publiquement ou de façon semi-publique) l’extension et les composantes de son réseau.

se relier. Ce lien peut aller de la simple rencontre par écrans interposés de gens avec qui l’on partage un très vague intérêt pour un sujet très commun, jusqu’à un travail d’expertise mené en commun. Les réseaux sociaux ne servent pas seulement à partager de l’information – que ce soit pour sa valeur de connaissance nouvelle ou pour le sentiment communautaire que cela crée-. Ils servent aussi à évaluer en commun, à élaborer, à décider, à voter, à recommander, voire à lutter (organiser des manifestations dans la rue, résister à des tentatives de censure et d’interruption). Ils peuvent aussi s’étendre (et leur extension peut être un objectif en soi, comme pour les usagers de Twitter qui cherchent à se valoriser en ayant un maximum de « followers ») : il y a d’ailleurs des dispositifs techniques qui permettent, en cherchant de profil en profil ou de liste en liste, d’étendre le réseaux à tous ceux que l’on vise, pourvu que l’on soit assez habile.

Le lien créé par les réseaux a donc une composante d’affinité (retrouver ceux qui, d’un certain point de vue, sont comme vous, soit parce que vous avez le même profil socioculturel, les mêmes convictions, etc, soit parce que vous avez une passion en commun, depuis le goût pour les vêtements à la mode jusqu’au désir de renverser une dictature et que vous vous découvrez ainsi).

Mais il y a aussi une composante d’intérêt et de réalisation : grâce aux réseaux, on fait et on reçoit.

On fait quelque chose dans la vraie vie ou l’on élabore des travaux en commun (par exemple un encyclopédie de type Wikipedia qui repose sur l’intelligence collective et la « sagesse des foules »).

On reçoit quelque chose : il y a toujours un intérêt à être sur un réseau qui vous donne notamment des informations pratiques : conseils, bons tuyaux pour la consommation, bonnes adresses, liens intéressants, documentation précieuse que l’on trouve ainsi de façon bien plus ciblée qu’en recherchant classiquement dans une bibliothèque ou avec un moteur de recherche. Il se peut aussi que ce que l’on reçoit soit de l’ordre des satisfactions psychiques : sentiment d’appartenir à une élite, plaisir de se regrouper avec des gens qui pensent comme vous et vous confirment l’excellence de vos choix, plaisir du nouveau et de la découverte. Les satisfactions narcissiques (« j’ai tant de friends, de fans, de followers… ») ne sont pas les plus négligeables

Il peut aussi y avoir des buts pratiques, entre faire et recevoir : trouver une épouse, jouer en ligne, monter un projet, avoir un entretien d’embauche, améliorer sa valeur professionnelle ou marchande, vendre…

Dans un réseau social, il y a un média social (un dispositif de communication) plus une médiation sociale (une communauté sociale à travers laquelle on atteint des objectifs, mais qui nous transforme en retour). Cela en fait un défi pour une réflexion stratégique ou médiologique que nous avons bien l’intention de poursuivre sur ce site.

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Publié le 17 août 2012, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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