Un missile, un tweet : la nouvelle guerre numérique à Gaza

Un missile, un tweet. Les événements de la bande de Gaza nous confirment que désormais les offensives militaires se développeront aussi sur les réseaux sociaux. À peine quelques minutes après l’assassinat ciblé de Jabari par un hélicoptère, Tsahal mettait en ligne la vidéo de son exécution et tous les éléments de langage censés justifier cette action. Bientôt, le Hamas ripostait aussitôt par de terribles menaces.

Si vous voulez suivre une guerre plus vite que les journalistes, il vous suffit de vous brancher sur le compte des parties (@IDFspokesman pour l’armée israélienne – Israeli Defense Force- ou @tsahal_IDF pour les francophones et @AlqassamBrigades pour le Hamas). Et en quelques minutes les communiqués se suivent – tant de missiles, tant de blessés- entrecoupés de déclarations de fond ou de défis homériques à l’adversaire-. Ce n’est pas tout à fait nouveau : en janvier les talibans et l’US Army avaient ainsi commenté en direct une attaque suicide à Kaboul, tandis qu’en 2009 Tshahal et Hamas avaeint déjà à commencé la partiel. Et les armées ont bien compris qu’il leur fallait aussi se battre sur les médias 2.0.

Communication de guerre et guerre de l’image guerrière obéissent à de nouvelles règles liées à la technologie.

Du point de vue stratégique, l’utilisation des médias sociaux présente de nombreux avantages :

– la vitesse de propagation : en quelques instants vous touchez les médias du monde entier (les journalistes sont de grands utilisateurs de Twitter) et par les réseaux (ici Facebook intervient aussi) vous mettez à la disposition de n’importe qui vos images et vos textes bruts, sans qu’ils soient filtrés par les garde-barrières (les gate-keepers) qui décident de ce qui sera publié ou mis à l’antenne. Dans la guerre de l’attention planétaire qui se déroule, vous augmentez ainsi statistiquement vos chances que ce soit votre histoire qui prédomine.

– or, selon l’expression consacrée, dans les guerres asymétriques modernes, « ce n’est pas celui qui a la plus grosse bombe qui gagne, c’est celui qui raconte la meilleure histoire ». Et dans ces affrontements où n’est pas la conquête de la capitale ennemie

ou la signature d’un traité de paix qui est le critère de la victoire, le faible, en l’occurrence le Hamas gagne tant qu’il persuade l’opinion internationale qu’il continue à résister, voire qu’il inflige des pertes au fort en dépit de la disproportion. Plus de présence sur les réseaux sociaux égale davantage de force spectaculaire, plus de chances de persuader que vous êtes en train de gagner puisque vous le proclamez avec une combativité si évidente.

– un acteur politique est comme une entreprise : il a besoin de motiver sa « communauté ». Les réseaux sociaux sont un lieu idéal pour les sionistes ou les pro-Hamas pour se retrouver entre eux et se répéter les arguments dont ils sont déjà convaincus.

– Enfin et surtout, nous sommes peut-être en train d’échapper à l’ancien régime de l’image, celui où les Occidentaux s’efforçaient, comme pendant la première guerre du Golfe, de produire ses images propres, sans cadavres disgracieux, des offensives qu’ils menaient et dont ils avaient le monopole de la représentation médiatique.

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À propos de François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé sur la communication et l’intelligence économique, responsable de l'Observatoire Géostratégique de l'Information Docteur en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches, il enseigne la stratégie de l’information et l'intelligence économique notamment à l’IRIS Sup, à Polytechnique, au Celsa. Il est membre scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques et mène des recherches en médiologie parallèlement à une activité de consultant. C'est aussi un blogueur influent sur huyghe.fr Ses travaux sur les rapports entre information et conflit comportent la direction de numéros de revue (Panoramiques : "L’information c’est la guerre", Cahiers de médiologie "La scène terroriste", AGIR "Puissance et influence". Revue Internationale stratégique "Stratégies dans le cyberespace"..) et les livres : "L’ennemi à l’ère numérique" (P.U.F), le livre électronique "Ecran/ennemi", "Quatrième guerre Mondiale" (Rocher). "Comprendre le pouvoir stratégique des médias" (Eyrolles) et "Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence" (Vuibert). Également : "Terrorismes" (Gallimard 2011) Derniers livres : "Gagner les cyberconflits" (avec O. Kempf et N. Mazzucchi) Economica 2015 "Désinformation Les armes du faux" A. Colin 2016

Publié le 15 novembre 2012, dans Publé sur www.huyghe.fr. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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