Anonymous contre Tsahal : affrontement numérique pour Gaza

La cyberguerre de Gaza évolue incroyablement vite. Le groupe Anonymous vient de défier Israël en apportant son aide aux Palestiniens que Tsahal voudrait priver de connexion à Internet (en l’occurrence en leur fournissant l’assistante technique d’un « Anonymous Gaza Care Package » téléchargeable). Mais Anonymous veut aussi punir l’État hébreu au nom de la liberté d’Internet : « Quand la gouvernment d’Israël a menacé de couper les connexions Internet et autres communications dans la bande de Gaza, il a franchi la ligne rouge. » Et de comparer le gouvernement israélien à celui de Moubarak qui avait tenté de couper Internet dans son pays pour étouffer la cyberdissidence (à l’époque Anonymous était aussi intervenu contre le dictateur égyptien).

En guise de représailles, Anonymous aurait commencé à attaquer des site pro-sionistes en les « défaçant » par des slogans vengeurs (c’était vrai, par exemple, pour http://falcon-s.il au moment où nous avons vérifié).

Pour le moment quelques sites attaqués parallèlement à la « guerre des Tweets » peuvent apparaître un peu secondaires par rapport aux missiles et aux grenades qui tuent des gens, mais cette intervention des Anomymous (et demain d’autres groupes de hackers) qui s’étaeint illustrés en soutenant le printemps arabe est un élément révélateur.

Désormais la guerre de l’information entre un État et ses adversaires (armée de partisans, guérilla, émeutiers, etc) ne passe plus (plus uniquement) par le contrôle des journalistes sur le terrain (embedded ou autres) pour s’assurer qu’ils ne filment pas de cadavres disgracieux. Désormais chaque camp produit ses images et ses éléments de langage. Il se bat contre l’autre non seulement pour mettre en ligne au plus vite les textes les plus efficaces ou les photos les plus frappantes des horreurs adverses, mais aussi pour s’exprimer directement à la première personne.

La règle du jeu n’est pas de s’exprimer efficacement mais de gagner la guerre de l’attention en étant repris par les plus vastes réseaux sociaux et mieux indexés par les moteurs de recherche que l’autre. Combattre consiste aussi à subemerger la thèse adverse sous son propre Google ranking et son nombre de « followers ». À la fois parce que c’est le moyen de toucher l’opinion internationale via ses médias qui vont relayer, et parce que c’est une façon d’entretenir la combativité de son camp et de ses sympathisants. C’est pourquoi les armées s’engageront toutes tôt ou tard dans cette guerre pour attiret l’attention de millions de cerveaux humains et être cité et approuvé (plutôt que passivement accepté).

Mais dans ce jeu interviennent aussi des acteurs internationaux, ONG défendant la liberté sur le Net ou groupe de hackers et hacktivistes prêts à prendre parti pour le faible contre le fort. Ils fournissent au premier des conseils et des logiciels pour échapper à la censure, se connecter, s’anonymiser, crypter leurs messages, etc. Et au fort, ils réservent un châtiment symbolique en s’en prenant à ses sites par des défacements ou des dénis d’accès, c’est-à-dire pas seulement en favorisant la liberté d’expression (y compris pour des gens que l’État considère comme terroristes) mais aussi en sabotant les systèmes d’information du fort. Et cela au nom d’une socité civile planétaire et d’un droit de se connecter qui serait supérieur à toutes les législations nationales.

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À propos de François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé sur la communication et l’intelligence économique, responsable de l'Observatoire Géostratégique de l'Information Docteur en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches, il enseigne la stratégie de l’information et l'intelligence économique notamment à l’IRIS Sup, à Polytechnique, au Celsa. Il est membre scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques et mène des recherches en médiologie parallèlement à une activité de consultant. C'est aussi un blogueur influent sur huyghe.fr Ses travaux sur les rapports entre information et conflit comportent la direction de numéros de revue (Panoramiques : "L’information c’est la guerre", Cahiers de médiologie "La scène terroriste", AGIR "Puissance et influence". Revue Internationale stratégique "Stratégies dans le cyberespace"..) et les livres : "L’ennemi à l’ère numérique" (P.U.F), le livre électronique "Ecran/ennemi", "Quatrième guerre Mondiale" (Rocher). "Comprendre le pouvoir stratégique des médias" (Eyrolles) et "Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence" (Vuibert). Également : "Terrorismes" (Gallimard 2011) Derniers livres : "Gagner les cyberconflits" (avec O. Kempf et N. Mazzucchi) Economica 2015 "Désinformation Les armes du faux" A. Colin 2016

Publié le 16 novembre 2012, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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