Asile de Snowden

La France devrait-elle accueillir Edward Snowden, qui demande l’asile politique ? D’un point de vue théorique et philosophique, oui. La Constitution de 1793 comprenait déjà l’idée d’une France offrirait l’hospitalité à « tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté » et celle de 1948 a repris le principe. Sauf que bien sûr, la France n’acceptera jamais la demande de l’ancien consultant de la NSA et ce pour plusieurs raisons.

La France ne veut pas se fâcher avec les Etats-Unis


Tout d’abord, offrir l’asile politique à Edward Snowden serait une provocation extrême à l’encontre des Etats-Unis. Or il ne me semble pas que notre actuel gouvernement soit composé d’anti-atlantistes féroces : personne ne souhaite se fâcher avec les Américains.

Ensuite, l’accueil de Snowden en France a été réclamé par Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Europe Ecologie-Les Verts, des groupes plutôt en marge politiquement. Il serait donc délicat d’accepter la demande sans sembler leur donner raison. D’ailleurs, cette histoire permet aux trois partis d’adopter des postures nobles à peu de frais, tant les risques qu’elles soient suivies d’effet sont faibles.

Enfin, l’espionnage entre alliés n’est pas une chose nouvelle. Sans remonter à l’affaire Échelon et aux années 1990, on peut trouver des dizaines d’exemples récents : souvenez-vous de « Comment les Américains ont piraté l’Élysée » ou des Blackberry interdits dans les ministères. Chez les initiés, tout le monde le sait et fait pareil. Le plus difficile, c’est de connaître le degré et l’efficacité de l’espionnage. Le vrai problème ici est que l’affaire soit maintenant sur la place publique.

Garder la tête haute tout en disant « non »


Face à l’affaire d’espionnage par la NSA, la France adopte une posture martiale faite de « c’est inadmissible » et « c’est intolérable », mais sans prévoir de mesures de rétorsion derrière. Il y a donc beaucoup de gesticulations et de postures dans cette histoire.

Bien sûr, si elles s’exprimaient publiquement sur la demande d’asile de Snowden, les autorités françaises n’avanceraient jamais les arguments ci-dessus. Elles trouveraient un obstacle juridique je fais confianceà l’imagination de nos dirigeants ou préconiseraient une unanimité européenne, si bien qu’elles seraient certaines de ne pas obtenir d’accord dans une Europe des 28, dont nombre de pays proches des États-Unis.

Tout ceci pour pouvoir dire « nous ne pouvons pas l’accueillir » tout en conservant une attitude bravache.

Des mesures de rétorsion pour le pays d’accueil


Edward Snowden est un gros gibier qui a de gros problèmes. Il est certain que le pays qui le recevra devra s’attendre à des sanctions de la part des Etats-Unis. Peut-être, sur ses 21 demandes qu’il a présentées, se trouvera-t-il un pays suffisamment anti-américain qui acceptera. Peut-être le Venezuela, qui n’a plus rien à perdre

Quant à la Russie, elle veut profiter de cet atout en termes de propagande, mais ne veut pas s’encombrer durablement de la « patate chaude » Snowden,à supposer qu’il soit vraiment à l’aéroport de Moscou, d’où le refus hypocrite de lui accorder l’asile, puisqu’il aurait continué ses activités « anti-américaines ». Prendre Snowden sous sa protection trop ostentatoire pourrait avoir des contre-effets, notamment de le décrédibiliser en le faisant apparaître comme un quasi agent « soviétique ».

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À propos de François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé sur la communication et l’intelligence économique, responsable de l'Observatoire Géostratégique de l'Information Docteur en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches, il enseigne la stratégie de l’information et l'intelligence économique notamment à l’IRIS Sup, à Polytechnique, au Celsa. Il est membre scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques et mène des recherches en médiologie parallèlement à une activité de consultant. C'est aussi un blogueur influent sur huyghe.fr Ses travaux sur les rapports entre information et conflit comportent la direction de numéros de revue (Panoramiques : "L’information c’est la guerre", Cahiers de médiologie "La scène terroriste", AGIR "Puissance et influence". Revue Internationale stratégique "Stratégies dans le cyberespace"..) et les livres : "L’ennemi à l’ère numérique" (P.U.F), le livre électronique "Ecran/ennemi", "Quatrième guerre Mondiale" (Rocher). "Comprendre le pouvoir stratégique des médias" (Eyrolles) et "Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence" (Vuibert). Également : "Terrorismes" (Gallimard 2011) Derniers livres : "Gagner les cyberconflits" (avec O. Kempf et N. Mazzucchi) Economica 2015 "Désinformation Les armes du faux" A. Colin 2016

Publié le 8 juillet 2013, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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